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psychothérapie
 ~ Art-Thérapie 

Analyse des pratiques professionnelles SUPERVISION D'EQUIPES


  

communiquer a tout prix

  

Dans ce texte d'une stagiaire en formation d'art-thérapie, nous observons sa capacité à observer sa relation transférentielle et à trouver les origines de ses projections. Un joli témoignage et exercice d'écriture. 

Je vadrouille dans un couloir à la recherche de ma collègue bénévole des “Blouses roses”. Nous intervenons ce soir en gériatrie à l'hôpital où nous tenons compagnie aux personnes âgées hospitalisées. Soudain je l’aperçois dans une petite salle de repos où deux personnes semblent discuter avec lui. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'une conversation à trois. Le petit monsieur, qui me tournait le dos à mon arrivée est ailleurs, le regard dans le vague, il lance de temps à autre quelques phrases incompréhensibles qui retombent sur le

sol dans l'indifférence générale. Je m'assieds à côté de lui. Ses yeux, délavés par la lumière de tous les printemps de sa vie, se perdent dans le ciel de cette fin d'après midi. J’essaie d'attirer son attention en lui posant quelques questions mais le peu qui semble lui parvenir le plonge dans un profond malaise.


“Comment vous appelez-vous monsieur ?”. La détresse que je lis alors sur son visage me dissuade de continuer à le torturer. Je me demande dans quel monde étrange il se trouve et s'il existe encore des ponts pour nous rejoindre quelque part. Ma collègue me fait comprendre discrètement que ce n'est pas la peine d'insister mais je décide tout de même de rester là et l'observe en silence.


Son regard est habillé de sourcils épais que les années ont autorisé à pousser en herbes folles. De petites lèvres pincées lui donnent un air sévère tandis qu'un léger tremblement dévoile sa fragilité. Je me prends à éprouver des bouffées de tendresse pour cet inconnu et sans réfléchir je pose doucement ma main sur son épaule. Il tourne la tête et pour la première fois mon regard capte le sien. Il commence à parler. D'abord quelques phrases par-ci par-là en passant du coq à l'âne et entrecoupées de longs silences. Au début je lui pose des questions. Il ne les saisit pas et les efforts qu'il fournit pour les comprendre semblent couper le fil de ses pensées. Mais au fur et à mesure j'apprends à parler son langage. Il n'a pas besoin de questions, il sait exactement ce qu'il veut dire...


Il est né dans la Sarthe en 1925 dans une famille de paysans. A 13 ans, il s'enfuit de chez lui et se réfugie chez les gendarmes qui l'aident à trouver une pension et un travail. Il récolte les champignons dans des souterrains et ça lui plaît. Pendant la guerre, il échappe au travail obligatoire en Allemagne grâce encore aux gendarmes qui le protègent. Après la guerre, il devient lui-même gendarme et quitte la Sarthe...


Je suis subjuguée… Sans être totalement cohérent, il parvient à garder le fil de son histoire. Quant à moi, je ne me contente d'intervenir qu'avec les expressions de mon visage, de bruyantes exclamations et quelques mots piqués çà et là à son discours. Il continue en me parlant comme si nous étions des amis de longue date, et peu à peu je vois se recréer le puzzle de sa vie. Parfois il s’égare à nouveau dans ses pensées quelques minutes et  je les respecte patiemment en me demandant toujours s'il va revenir. Mais il reprend alors en ajoutant un détail ou une anecdote amusante qui illumine son visage d'un grand éclat de rire.


Tout à coup une voix m'extirpe de la discussion. Il est vingt heures c'est l'heure de partir ! Aïe Aïe Aïe comment partir alors qu'une porte vient juste de s'ouvrir devant moi ? Je n'ai pas envie de le laisser retourner dans son ailleurs pourtant je décide de faire vite et me lève brusquement. “Je vous remercie d'avoir discuté avec moi monsieur, je dois partir maintenant.” Je plonge alors mes mains dans les siennes et lui dit au revoir d'un air faussement dégagé. Je pars ensuite sans me retourner encore sonnée de ce revirement de situation.


Je déambule dans le long couloir blanc qui me mène vers la sortie. Malgré l'euphorie de ce qui me semble être une victoire dans un jeu de communication, je plonge brutalement dans mes pensées et m'interroge sur ce petit pincement au cœur qui me fait presser le pas. Je sens qu'il y a du “trop”. Trop d'affect, trop envie qu'il parle. Pourquoi n'ai je pas pu juste le laisser tranquille comme ma collègue me l'avait suggéré? Je me pose alors une autre question : qui ai-je vu derrière ce petit monsieur au regard passé ? Très vite, je me revois

enfant, seule à côté de mon père, lui dans son monde, ailleurs, et moi à l'observer incapable de percer sa bulle. Oups... Je comprends mieux toute l'énergie dépensée à le faire parler coûte que coûte et ma difficulté à le quitter une fois les prémices d'un contact


Sam O.


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